Le développement social et communautaire
Il importe de dépasser une vision administrative de la municipalité pour voir la ville comme une communauté, un milieu de vie. Lors de la création de la nouvelle Ville de Sherbrooke, de nouvelles responsabilités en développement social et communautaire ont été inscrites dans les compétences de la Ville de Sherbrooke.
La ville a adopté plusieurs politiques en ce sens. Nous n’avons qu’à penser à la Politique culturelle (2003), la Politique du sport et de l’activité physique (2003), la Politique familiale (2004), la Politique d’accueil et d’intégration des personnes immigrantes (2004), la Politique de développement durable (2005), la Politique d’admissibilité des organismes et énoncé de partenariat (2006) et la Politique de développement social et communautaire en novembre 2008. De plus, le conseil municipal a adopté sa planification stratégique le 2 avril 2007 dans laquelle plusieurs objectifs stratégiques identifiés sont en lien avec les préoccupations du développement social et communautaire.
Ainsi, les autorités municipales doivent faire des choix de politiques et de programmes qui permettent de prévenir et de réduire les problèmes d’appauvrissement des personnes et des communautés locales, tout en visant l’équité dans l’accès aux services et biens publics municipaux. Rappelons qu’il existe encore des inégalités persistantes : en 2006, 11% des familles vivaient sous le seuil de faible revenu (cette proportion est de 21% dans l’arrondissement du Mont Bellevue), en 2005-2006, le taux de décrochage scolaire en Estrie est de 31,6% pour les institutions d’enseignement publiques comparativement à 27,1% pour le Québec. Parce qu’elle a été désignée « terre d’accueil » par le gouvernement du Québec, Sherbrooke se classe au 3e rang au Québec au niveau du pourcentage de personnes immigrantes et il y a également une pénurie de logement puisque le taux d’inoccupation demeure inférieur à 3%.
Face aux inégalités, à la pauvreté, aux emplois précaires, au décrochage scolaire, aux problèmes d’intégration des personnes immigrantes, à la crise économique mondiale actuelle et aux impacts qu’elle aura sur le tissu économique et social de notre ville, bref, aux défis globaux du développement, des actions concrètes doivent être entreprises afin de favoriser le développement de l’ensemble des personnes et des communautés vivant sur le territoire de la Ville de Sherbrooke.
Certes, les politiques sociales, notamment en matière de santé et de services sociaux, de la jeunesse, de la famille, de la santé mentale ou l’éducation, relèvent en premier lieu des gouvernements supérieurs. Évidemment, la ville doit tenir compte du partage des responsabilités entre les autres paliers de gouvernements. C’est pourquoi nous devons garder en trame de fond les obligations et les compétences de la ville dans le choix des interventions en développement social. Dans cette perspective, la Ville de Sherbrooke, l’une des plus importantes villes du Québec, doit s’inscrire comme partenaire du développement social en jouant un rôle de leader en initiant des actions, des projets en lien avec ses obligations, de collaboratrice en participant à des actions avec d’autres partenaires et de facilitatrice en soutenant le développement social. Dans ce contexte, d’ailleurs, les organismes communautaires, qui comptent pour une part importante dans le dynamisme des communautés, méritent d’être reconnus et soutenus.
Ainsi, le Renouveau Sherbrookois s’engage à :
- 4.1 Développer une vision d’ensemble des actions posées par la ville. Les diverses politiques municipales semblent s’opérationnaliser de manière indépendante alors qu’il est essentiel qu’elles soient en interrelation et interdépendantes. Il faut également développer une vision holistique et des moyens d’action qui permettent d’avoir une vision, des arrimages et des influences réciproques entre le développement social, économique et environnemental.
- 4.2 Favoriser la création des comités d’arrondissement en développement social et communautaire. Le renforcement des communautés passe par le maintien, voire la revalorisation des services de proximité dans les arrondissements et la mise en commun des ressources et services. Ces comités d’arrondissement seront formés de représentants et représentantes de divers milieux : municipal, communautaire, des loisirs et culturel, institutionnel, citoyens et citoyennes, représentants et représentantes des conseils ou tables de quartiers, acteurs économiques, etc. Le Comité d’arrondissement en développement social et communautaire aura le mandat de partager les connaissances sur les problèmes, ressources et projets de développement de l’arrondissement, d’assurer l’élaboration et à la mise en œuvre des plans d’action concrets ainsi que de développer une vision commune du développement. Il devra également favoriser l’émergence de projets rassembleurs et structurants pour répondre aux besoins de l’arrondissement ainsi que participer à la concertation municipale afin de développer des liens fonctionnels avec différents arrondissements et le comité municipal en développement social et communautaire. Il devra finalement formuler des avis au conseil d’arrondissement sur leurs programmes et politiques. Ces comités peuvent être à géométrie variable selon la réalité des arrondissements, leurs enjeux et les initiatives déjà existantes. Il ne s’agit donc pas d’imposer un modèle, mais de respecter l’esprit de la proposition. Des ressources humaines et financières devront donc être dédiées afin de permettre l’animation des milieux et de ces comités.
- 4.3 Reconnaître pleinement le secteur communautaire comme un partenaire incontournable dans le développement social et communautaire du milieu sherbrookois. Le Renouveau Sherbrookois souhaite soutenir la vitalité de ces organismes dans l’atteinte de leur mission et dans leur action tout en reconnaissant leur expertise et leur contribution au mieux-être collectif de la ville. Cela nous amène à redéfinir le cadre d’action communautaire, en collaboration avec les représentants et représentantes d’organismes communautaires, en augmentant le nombre d’organismes reconnus par la ville. Nous proposons également d’offrir à ces organismes un meilleur soutien par l’accès à des ressources matérielles et techniques ainsi que par un accroissement du soutien financier qui leur est alloué. Par exemple, nous pourrions viser un financement sur la base de 2.50$ par habitante et habitant ou 0,2% du budget municipal (2.25$ par habitante ou habitant pour le soutien direct aux organismes communautaires et 0.25$ par habitante et habitant accordé à la CDC de Sherbrooke qui regroupe actuellement 81 organismes et organisations comme instance de coordination).
- 4.4 Revoir les mesures de soutien aux organismes. Le développement social prend appui sur le partage de la richesse, l’accès aux services, l’empowerment, la lutte contre l’exclusion, le développement intégré et durable et la présence de communautés dynamiques et solidaires. Les organismes communautaires sont des acteurs de premier plan dans le développement social, puisqu’ils sont nés d’initiatives citoyennes et qu’ils constituent des outils essentiels à la création et au maintien d’une bonne qualité de vie pour tous. Ainsi, la ville pourrait offrir l’accès à un programme d’assurance pour la responsabilité civile (beaucoup d’organismes ont de la difficulté à s’assurer en raison des coûts élevés, des critères de qualifications, etc.) et faire bénéficier des tarifs préférentiels que la ville peut obtenir pour la location de véhicules et l’achat de matériel. Elle pourrait également rendre permanente la mesure transitoire de remboursement équivalent à la taxe d’affaires pour laquelle les organismes communautaires étaient exemptés et ne pas leur imposer de dépôt pour Hydro-Sherbrooke au moment de l’achat d’une propriété. Ces sommes représentent souvent quelques milliers de dollars.
- 4.5 Reconnaître la CDC comme interlocutrice privilégiée pour le milieu communautaire. Puisque les organismes communautaires de Sherbrooke se sont dotés d’une organisation de concertation par la Corporation de développement communautaire (CDC) et que celle-ci est reconnue par ses pairs comme leur représentante et interlocutrice au niveau local, la ville s’engage à permettre la participation d’une personne représentant la CDC aux différents comités mis en place par la Ville et attribuer à la CDC un appui financier distinct.
- 4.6 Soutenir la lutte à la pauvreté et à l’exclusion. La Ville et les arrondissements doivent s’engager à lutter contre la pauvreté en contribuant à en réduire les méfaits à travers les services relevant de leurs compétences, en favorisant la concertation locale par un leadership politique proactif et en s’associant à la mobilisation des niveaux supérieurs en vue d’en rechercher l’élimination. La ville doit aussi soutenir des actions qui visent le développement des milieux de vie en s’inspirant du concept de quartier en santé. Elle peut prendre en compte la réalité des personnes en situation de pauvreté, non seulement de manière à ce que ses décisions ne contribuent pas à l’appauvrissement de ces personnes, mais également de manière à bonifier, le cas échéant, les services et/ou le support aux initiatives. À cet égard, nous utiliserons la grille d'analyse élaborée par la Table d'action contre l'appauvrissement de l'Estrie dans l'analyse des dossiers municipaux. Nous nous reconnaissons également une responsabilité en regard des besoins et problématiques qu’éprouve la population de notre territoire.
- 4.7 Soutenir le développement du logement social et abordable. En collaboration avec la table de concertation sur le logement à Sherbrooke, le Renouveau Sherbrookois entend soutenir une série de mesures qui permettent d’améliorer la situation du logement dans son ensemble en favorisant l’accès à des logements sociaux, l’accès à la propriété, l’accès à des logements pour les personnes en perte d’autonomie et les personnes vivant avec un handicap, l’accès à des logements adaptés aux familles nombreuses, l’accès à des logements sociaux pour les personnes marginalisées et l’accès à des logements pour les étudiantes et les étudiants. Le tout sera fait de manière à développer des unités d’habitation et des quartiers qui favorisent la mixité des populations.
- 4.8 Élaborer une politique d'accès à la propriété collective. Afin que plus de familles et de personnes issues de l’immigration s'installent à Sherbrooke sur une base permanente, nous croyons qu'il y a lieu de favoriser l'accès à la propriété collective, notamment aux coopératives d’habitation. Bien qu'il existe actuellement diverses mesures en ce sens, l'élaboration et l'adoption d'une véritable politique seraient l'occasion de consolider les efforts de la ville en la matière.
- 4.9 Augmenter le nombre de jardins communautaires. La philosophie derrière les projets de jardins communautaires est de redonner aux citoyennes et citoyens des espaces verts en milieu urbain, espaces où ils et elles pourront jardiner. Le Renouveau Sherbrookois s’engage à favoriser l’implantation de jardins communautaires et collectifs et ainsi, à redonner directement aux citoyennes et citoyens une parcelle de leur ville.


